La philosophie en classe de terminale.
On peut se demander à quoi sert d’étudier la philosophie en dernière année de lycée. Après tout, on vit très bien sans trop se poser de questions métaphysiques. Quand on lit un sujet de baccalauréat en philosophie, on pense souvent que les professeurs aiment beaucoup poser des questions inutiles. Et, d’ailleurs, pourquoi commencer maintenant à étudier une discipline dont on s’est fort peu soucié auparavant ?
On découvre une foule d’écrivains aux noms étranges qui ne pensent qu’à penser et qui expliquent qu’en pensant, ils ont conscience d’exister. Cela semble pourtant évident. Faut-il forcément des mots compliqués, des phrases complexes pour dire des choses si simples ?
La finalité de cet enseignement est certes d’approcher le monde curieux des philosophes, leurs écrits, leurs idées, mais surtout d’apprendre à mettre de l’ordre dans ses idées pour pouvoir répondre à n’importe quel type de questions. On propose souvent des questions apparemment très simples et chacun de nous pense immédiatement avoir une opinion sur le sujet. On se plaît ainsi à donner son avis et à répondre directement. Là est le piège et l’année de Terminale va permettre à l’étudiant d’apprendre à ne pas parler trop vite, à rechercher tous les sens possibles d’une question, à la décomposer en autant de difficultés à résoudre, à argumenter avec force.
C’est aussi l’occasion de découvrir des textes très divers et de montrer que, dans le monde entier, des hommes ont cherché à dépasser leur condition, à rendre à la réflexion et à la pensée leurs lettres de noblesse. Les étudiants de philosophie essaieront de découvrir le fil conducteur de ses extraits, leur argumentation et chercheront à les critiquer intelligemment. Il est à noter que l’enseignement de la philosophie en classe de Terminale est une spécificité française.
Mais ce n’est pas tout. A quoi servirait donc une tête bien pleine si elle n’était pas bien faite ? Les philosophes sont un monde d’êtres merveilleux qui rêvent à une vie meilleure, à des rapports différents entre les hommes, qui prônent le respect d’autrui, de sa différence, de sa culture. Leurs vies et leurs œuvres sont pour nous des exemples à suivre, surtout dans une classe comme la nôtre, absolument multiculturelle où chacun apprend à connaître et à respecter l’altérité. C’est encore nécessairement vers eux que l’on se tourne parfois pour prendre certaines décisions importantes, pour résoudre certains problèmes. Non pas vraiment qu’on songe à ouvrir la République pour savoir quelle réponse donner à nos enfants ou à notre employeur mais on sait qu’à cet instant précis, on doit prendre le temps de raisonner « calmement », de « peser le pour et le contre », on ne dit pas que l’on pratique la philosophie mais, pourtant, il s’agit bien là de philosophie pratique. Aussi lorsque Proust affirme qu’ « il vaut mieux rêver sa vie que la vivre », les philosophes auraient tendance à répondre qu’il vaut mieux rêver pour vivre parce que cette discipline, qui rêve d’être une science, s’intéresse à tous les actes de la vie, à toutes les sciences, à tous les savoirs, et, ce faisant, à tous les rêves des hommes.
Le mien serait que cette année révélât à mes élèves une discipline belle et simple dont ils puissent tirer profit tout au long de leur vie.